Le jour où j'ai cessé d'avoir peur de l'IA

Dev depuis 2011, et pour la première fois, je ne sais pas où va mon métier. De la peur de l'obsolescence à une nouvelle relation avec l'IA.

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IAcarrièreréflexion

Dev depuis 2011. Des années à écrire du code, à débugger des systèmes à 3h du matin, à expliquer pourquoi "non, ça ne prend pas cinq minutes".

Des années à ne pas trop se poser de questions. Le dev, c'était solide. Y'avait du boulot, y'avait de la demande.

Et pour la première fois, je ne savais pas où allait mon métier.

Le métier tel que je l'ai connu

J'ai commencé à coder à 14 ans. Pas pour "devenir développeur". Pour le fun. Pour voir si je pouvais faire bouger des trucs sur un écran.

Quand j'en ai fait mon métier, ça n'a pas vraiment changé. Je codais le jour, je codais le soir. Side projects le weekend. Une nouvelle techno à apprendre ? Parfait, je sais quoi faire de mon samedi.

On était des traducteurs. Tu prenais un besoin humain, "je veux que mes clients puissent commander en ligne", et tu le transformais en code. Ligne par ligne. Bug par bug. Nuit blanche par nuit blanche.

Et le meilleur ? On pouvait faire tout ça seul. Casque sur les oreilles, écran devant les yeux, le monde extérieur en sourdine. Le paradis de l'introverti.

Le jour où j'ai vu le mur

Ma boîte allait mal. Problèmes financiers. On m'a vendu le rêve : "C'est le moment de te lancer en freelance, t'as le profil, fonce."

J'ai foncé.

Du jour au lendemain, plus de collègues. Plus de machine à café pour discuter d'un article qu'on a lu. Plus personne pour dire "t'as vu ce truc ?" Quand l'IA est arrivée dans mon quotidien, j'étais seul face à l'écran. Pas d'équipe pour relativiser, pas de buddy pour comparer nos expériences. Juste moi et cette question qui tournait en boucle.

Je voulais en profiter pour changer. Arrêter de faire la même chose. Passer du backend au frontend, puis fullstack. Une roadmap qui faisait sens. Je me suis lancé.

L'IA ? J'avais vu les démos. Impressionnant, oui. Inquiétant, non. C'était un gadget.

Et puis Claude 3.5 Sonnet est arrivé. Directement dans l'IDE. Plus de copier-coller. L'IA qui lit ton code, qui comprend ton contexte, qui écrit à ta place. Fluide. Naturel.

C'est là que j'ai compris. Ce n'était plus un gadget. Et ça ne coûtait qu'un abonnement.

Ce que j'ai fait de ma peur

J'aurais pu nier. Beaucoup le font. "L'IA ne comprend pas vraiment." "Elle fait des erreurs." "On aura toujours besoin d'humains."

Tout ça est vrai. Et tout ça est insuffisant.

Alors j'ai fait ce que je fais toujours quand je ne comprends pas quelque chose : j'ai plongé dedans. J'ai utilisé l'IA tous les jours. Pas pour la tester. Pour travailler avec.

Et j'ai découvert quelque chose de contre-intuitif.

La révélation

Plus j'utilisais l'IA, plus je comprenais ce qu'elle ne pouvait pas faire. Et cette liste n'est pas technique. Elle est profondément humaine.

L'IA ne connaît pas le contexte invisible.

Elle peut générer dix solutions. Mais elle ne sait pas que le client dit "oui" en réunion et pense "non" en sortant. Que ce choix technique bancal existe parce qu'il a évité un conflit entre deux équipes. Que la "dette technique" qu'elle propose de nettoyer est en fait un compromis politique que personne n'ose rouvrir.

L'IA n'a rien à perdre.

Quand ça plante en prod un dimanche soir, c'est toi qu'on appelle. Ta réputation, ta crédibilité, ton prochain contrat. L'IA s'en fout. Elle a rien à perdre.

Ce que je fais différemment maintenant

J'ai toujours pensé que codeur et architecte étaient deux faces d'une même pièce. Le même métier, deux casquettes. Sauf qu'avant, le codeur bouffait 80% du temps.

L'IA a changé l'équilibre. Le temps passé à taper du code se réduit. Ce qui reste, c'est la partie que personne ne peut faire à ma place : concevoir, décider, anticiper.

Meilleur design en amont, code plus robuste en sortie. L'IA n'a pas supprimé mon métier. Elle m'a libéré de sa partie la plus mécanique. Mais je peux dire ça parce que j'ai plus de dix ans de code derrière moi. Des années d'erreurs qui m'ont appris à reconnaître les bonnes solutions des mauvaises. Si j'avais démarré avec l'IA dès le premier jour, est-ce que j'aurais ce recul ? Honnêtement, je sais pas.

Et maintenant ?

Est-ce que j'ai cessé d'avoir peur ? Pas vraiment. Mais la peur a changé de forme.

Avant, c'était la paralysie. Le mur. L'obsolescence.

Maintenant, c'est un mélange bizarre de peur et d'excitation. Chercher des projets n'a jamais été aussi chaotique. Personne sait combien ça vaut, un dev, aujourd'hui. Ni où mettre le budget : des licences IA, un senior, un junior à former. Les règles changent tous les six mois.

Mais au moins, je ne suis plus spectateur. Je suis dans le jeu.

On va droit vers l'inconnu. Autant y aller les yeux ouverts.

Questions ouvertes

Une question me reste cependant. Si l'IA me libère de la partie mécanique, qu'est-ce qui m'empêche de perdre le muscle ? Le discernement s'entretient par la pratique. Quand on arrête de lire chaque ligne, de questionner chaque choix, est-ce qu'on reste vraiment développeur ?

Et ceux qui débutent aujourd'hui ? Moi, je code depuis 2011. Des années d'erreurs, de nuits blanches, de systèmes qui s'effondrent. C'est ça qui m'a donné le recul pour juger ce que l'IA me propose. Mais un junior qui commence avec Copilot dès le premier jour, comment développe-t-il cet esprit critique ? Le jugement vient de l'expérience. Si on saute l'expérience, on forme quoi exactement ?


Ce texte, je l'ai écrit avec l'aide de Claude. Et c'est exactement mon point.