La fin ?
J'ai cru que c'était la fin du métier. C'était la fin de celui que j'étais.
Dev depuis 2011. Toujours la même chaise. Toujours le même écran. Casque sur les oreilles, le monde extérieur en sourdine.
Sauf que le métier que je fais aujourd'hui, c'est plus celui que j'ai appris.
Y'a un an et demi, j'ai flippé. J'ai dit que c'était à cause de l'IA, du marché, de l'obsolescence. Onze chapitres plus tard, je crois que c'était pas ça. C'était plus profond.
J'ai toujours été le technicien. Celui qu'on appelle quand plus rien marche. La famille, les potes, les clients. "Demande à Johan, il saura." Mon métier, c'était pas juste coder. C'était être celui qui trouve la solution. Le touche-à-tout débrouillard qui remet la machine en marche. C'était pas ce que je faisais. C'était qui j'étais.
Et quand l'IA a commencé à résoudre en cinq minutes ce qui m'aurait pris deux heures, c'est pas un collègue qui me menaçait. C'est mon utilité. Ma place. Le sentiment que plus personne aurait besoin de moi. Qu'une partie de moi se faisait absorber par l'IA.
Alors j'ai fait ce que je fais toujours quand je comprends pas. J'ai plongé dedans. Et au bout d'un moment, j'ai vu un truc que j'avais pas vu au début.
L'IA propose. Elle sort la solution la plus probable d'après ce qu'elle connaît. Mais elle guide pas. Elle a besoin de quelqu'un qui connaît le terrain pour savoir si ce qu'elle propose tient la route. Comme un GPS qui connaît pas tout. Une route fermée, une adresse renommée, un détour que seuls les locaux connaissent. Il s'obstine avec confiance, et c'est toi qui dois savoir que ça colle pas.
Et puis y'a un truc que j'avais presque oublié. La technique, c'est un moyen. Pas une fin. Le métier c'est pas le code, c'est le besoin auquel il répond. Avant, on construisait la solution au fur et à mesure que le besoin s'affinait. Maintenant, on peut aider à affiner le besoin lui-même. Comprendre le métier de l'autre, parce qu'on a la maîtrise technique pour traduire ce qu'il dit en ce qu'il faut construire. On produit pas plus vite, on explore plus large. Parce qu'on passe moins de temps à se battre avec la solution et plus à comprendre le problème.
Personne sait ce que ce métier sera dans cinq ans. Beck sait pas. Fowler sait pas. Moi non plus. Peut-être que les disciplines que je pratique aujourd'hui seront périmées. Peut-être que le jugement humain sera le prochain truc à tomber.
Mais même si tout ça tombe, j'aurai appris à douter de ce qui a l'air de marcher. À sentir que ça cloche avant de savoir pourquoi. À pas faire confiance au premier output propre.
Et pour ceux qui découvrent le métier : apprendre à avoir le sens de l'orientation, c'est pas un luxe. On en a pas besoin au quotidien. Mais c'est ce qui permet de reconnaître que quelque chose va pas et qu'il faut commencer à se poser des questions avant d'aller trop loin.
Le métier continue. Le paysage a changé, l'approche pour trouver des solutions aussi. Mais le besoin de quelqu'un qui comprend le problème avant de chercher la réponse, ça, c'est toujours là.
Onze chapitres, et je me rends compte que je ne précise même plus si l'IA m'a aidé à écrire. La question est devenue sans objet. Ce qui compte, c'est ce qui est écrit.